L’un des secteurs les plus sinistrés depuis le début de l’année est, sans doute, la concession automobile. Il a été chahuté par une série de mauvaises nouvelles depuis quelques mois : une réduction des quotas de 20% et une augmentation du taux d’imposition à 35%.

Un effet ciseau au vrai sens du terme. Les conséquences se sont rapidement manifestées au niveau du rythme des nouvelles immatriculations : 12 245 au cours des trois premiers mois de l’année, contre 15 272 sur la même période en 2017.

Des chiffres qui font froid dans le dos

Sur le marché actions, le secteur a perdu plus de 5% depuis le début de l’année dans un marché qui avance au rythme de croisière. Les quatre concessionnaires listés (Ennakl, City-Cars, UADH et ARTES) ont vu leurs ventes baisser de 28,7% à 136,861 millions de dinars. Un problème de quotas? Pas seulement à notre avis.

Au-delà de la baisse des importations, la demande a significativement diminué. Et pour cause , il y a la dégringolade du dinar et l’effritement du pouvoir d’achat d’une large proportion de la population. Acquérir une nouvelle voiture est devenu une mission extrêmement difficile. Une grande partie des ventes est réalisée via les compagnies de leasing. L’expérience de la voiture populaire, qui s’est soldée par un fiasco, est l’illustration des difficultés que connaît le secteur.

La dernière décision du gouvernement de durcir les conditions de ventes des voitures importées, dans le cadre du régime FCR, est censée être un coup de pouce pour les concessionnaires. Les estimations parlent d’un total de ventes de 600 millions de dinars par an, supposés donc être récupérés, en partie, par les professionnels. Mais cela reste loin d’être réalisable dans les conditions actuelles du marché.

D’ailleurs, nous avons remarqué une baisse des marges au cours des trois premiers mois de l’année : -21,4% 24,201 millions de dinars. En d’autres termes, les prix ne peuvent pas monter jusqu’au ciel et un effort sur les marges est exigé de la part des concessionnaires pour liquider leurs stocks.

La réponse ne peut être que stratégique

Certaines marques ont décidé de s’orienter vers le marché de l’occasion, en particulier Ennakl et ARTES. Ainsi, elles vont reprendre les anciennes voitures, sous certaines conditions bien évidemment, pour les revendre en un meilleur état. Cela permettrait de gagner en volume et en marge, de faire tourner ses centres de SAV. Mais est-ce que c’est suffisant? Tout dépendra des prix de vente. Il faut être suffisamment compétitif pour réussir, surtout que le marché parallèle est doté d’une flexibilité inégalable.

La diversification peut venir des voitures électriques. Après les avantages fiscaux accordés par la Loi de finances 2018, les dernières informations parlent de nouvelles décisions en faveur de cette gamme de véhicules à partir de l’année prochaine. Cela est une tendance mondiale et nous ne pouvons pas la rater, au moins du point de vue réglementaire.

Nous avons lu récemment la signature d’un accord entre Groupe El Badr et le géant Chinois BYD, en vertu duquel les produits de ce dernier seront commercialisés en Tunisie et dans la région par la filiale du groupe, Helios Holding. Les autres concessionnaires sont ainsi avertis.

En sus de la diversification, les concessionnaires doivent réduire leurs coûts. Si une entreprise ne peut pas booster son top line, il s’agit de la seule façon de conserver sa profitabilité. Il faut également penser à mieux fructifier la trésorerie dont disposent ces entreprises (142,112 millions de dinars pour les concessionnaires cotés à la Bourse de Tunis fin mars 2018).

Mais la meilleure solution reste de pouvoir produire localement. Cela ne dépend malheureusement pas des concessionnaires. C’est le résultat de toute la politique industrielle du pays. Nous sommes à la traîne par rapport à nos voisins qui sont parvenus à attirer les fabricants français. Le contexte économique et social est catastrophique et notre logistique est obsolète. Entre temps, nous devons continuer à supporter des prix élevés pour des voitures qui ne valent pas nécessairement autant.

Source: L’Economiste Maghrébin (www.leconomistemaghrebin.com)

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